Writing n°1
Balade Sauvage
Écrit par L.C. Rose
Moi c’est Raphaelle, je suis en Première au Lycée Blaise Pasteur. Ma mère est partie lorsque j'avais trois ans mais mon père, lui, s’est bien occupé de moi. Il m’a donné beaucoup d’amour et d’attention.
Jusqu’au jour où son coeur s’est arrêté de battre alors qu’il passait la tondeuse dans le jardin. Quand j’ai appelé le SAMU, son walkman était encore allumé dans sa poche et on pouvais entendre Vertige de l’amour de Bashung qui jouait sur ses oreilles. Je m’en souviendrais toute ma vie.
Après ce jour là, plus rien n’a été pareil pour moi. La jolie petite fille qui rayonait de bonheur est devenue profondément triste et soucieuse. Cette lumière qui autrefois l’animait avait été remplacé par de l’angoisse, par la peur de la mort et la peur d’être abandonné.
Je ne riais plus beaucoup, je ne dansait plus. Seul Elio et Oscar arrivait vraiment à me redonner le sourire et à me faire oublier ma peur; ma tristesse.
Lorsque mon père est mort, Je suis allée vivre chez mon oncle et ma tante.
C’est là que je vis aujourd’hui, dans le village où je suis née, le village où j’ai grandi: Ramatuelle.
En temps normal je suis au lycée. Sinon le Mercredi après les cours et le Samedi je travaille dans un refuge animalier.
Le reste du temps je le passe avec Elio et Oscar dans les petites criques de Cap Tailla. J’adore nos balades sauvages, quand on prend les scooters et qu’on longe la mer. Je me mets toujours derrière Elio. Oscar lui c’est mon ami de toujours. Il a une maison à l’Escalet, au bord de l’eau. Sa mère est décédée quand il était petit et son père est un riche entrepreneur bien trop occupé pour voir ou même se soucier de ses enfants. Alors comme il n’y a personne chez lui à part Marnie, sa gouvernante et bien on passe beaucoup de temps à faire des apéros sur la terrasse en regardant les étoiles. Ces deux amis représentent tout pour moi, un vrai pilier grace auquel j’ai pu me construire, malgré les nombreuses failles.
Seulement il y a quelques temps, j’ai réalisé que j’aimais vraiment bien Elio; son odeur et ses cheveux blonds bouclés. Que Je me sentais bien quand il m’entourait de ses bras forts ou que ses lèvres toutes douces se posaient sur ma joue.
Mais j'ai trop peur de lui dire. Peur que cela nous éloigne; Peur que cela impact le magnifique trio que nous formons: lui, Oscar et moi.
Alors je suis allée en parler à Oscar. Nous sommes allés manger une glace Chez Anto sur la petite place à côté des tennis. J’ai pris une boule pistache et lui un sorbet abricot et on s’est installés comme à notre habitude en dessous du platane. Lui aussi avait quelque chose d’important à me dire alors je l’ai laissé commencer. Il bougeait sa jambe droite nerveusement sur la chaise puis s’est lancé en bafouillant:
« Ok… bon… alors… ce… ce que… je… bon! Ce que j’aimerais te dire c’est que… on se connait depuis longtemps et je t’aime beaucoup. Je suis fière d’être ton ami et fière de tout ce qu’on a traversé ensemble. Ces dernières années on a vécu des pertes et des changements de vie difficile. Et toi tu as toujours été là pour moi. Ce que je veux dire c’est que je crois que sans toi, sans nos soirée sous les étoiles, je ne serais pas aussi heureux aujourd’hui. Tu comprends? »
Je crois qu’au fond j’avais compris ce qu’il voulait me dire mais j’étais tellement déboussolée que ma tête lui a fait signe que non. Alors il a repris:
« Bon… Ok… Je dois me lancer alors… Je suis amoureux de toi. »
Lorsque j’ai entendu ses mots, j’ai perdu les miens. Je ne savais plus quoi dire ni faire. J’étais venu discuter avec lui de mon amour secret pour Elio et voilà que mon autre meilleur ami m’annonçait qu’il m’aimait. J’étais soudainement projetée dans un de ces films américains à l’eau de rose. Il ne me restais plus qu’à croisé les doigts pour que celui-ci ne se transforme pas en drame. J’ai pris mon courage à deux mains en expliquant à Oscar que mes sentiments pour lui était aussi très fort mais que je le voyais plus comme un frère jumeau avec qui je faisais les quatre cent coups. Il avait l’air tellement atteint par cette nouvelle que je n’ai pas pu lui dire pour Elio. Une de mes peurs était devenue belle et bien réelle. Si j’avouais mes sentiments à Elio cela aurait forcement un impact sur notre amitié à tous les trois.
Au moment du repas, le soir qui suivait ma discussion avec Oscar, mon oncle m’a demandé comment s’était passé ma journée d’un ton qui supposait que quelque chose n’allait pas. Il faut dire qu'au vu de ma tête et le silence qui régnait à table, n’importe qui aurait pu se douter que je n’allait pas bien. J’ai répondu que j’allais bien puis j’ai attendu la fin du repas pour avoir une conversation avec mon dernier espoir: ma tante. Je lui ai raconté pourquoi j’allais voir Oscar et ce qu’il m’avait révélé. Elle m’a dis que ce qui était le plus important c’était d’être sincère en vers ses principes. Si pour moi l’amitié était une valeur alors je me devais de dire la vérité à Elio et Oscar quelqu’en soit le coût. Biensûr le discours de ma tante résonnait en moi. Je le trouvais juste et même très beau mais la peur de perdre mes deux amis me donnait envie de fuir toute responsabilité. Je l’ai remercié, embrassé puis je suis partie me coucher, l’esprit bouillonant d’inquiétudes.
J’ai laissé mes peurs m’éloigner de mes valeurs et le temps défilé. Je le comptais en heures, puis en jours, puis en semaines. Le plus je gardait ce secret, le plus je m’éloignait d’Oscar et Elio. Je trouvais des excuses pour passer moins de temps avec eux et le peu de temps que nous passions ensemble je le passais dans mes pensées. Elio et Oscar me sollicitait beaucoup moins pour sortir ou passer du temps ensemble. Peut-être pensaient-ils que j’avais besoin d’air. Le trio commençait à se disperser.
Puis mes angoisses ont progressivement refais surface. Mes douleurs intercostales sont réapparues et les crises de paniques se sont multipliées. La peur de perdre à nouveau des êtres chers avait réveillé en moi toutes les autres. Je ne dormais plus bien, j’avais perdu l’appétit et le peu de joie de vivre qu’il me restait. Alors ma tante a repris rendez vous chez ma psychologue, le Dr Marie Pestaluzzi. J’ai recommencé les séances, une fois par semaine et la routine infernale avait repris ses aises. L’école avait accepté que je travail depuis la maison et ma seule sortie était le mercredi en fin de matinée pour mon rendez-vous hebdomadaire. Biensûr Elio et Oscar passait de temps en temps pour voir comment j’allais, il s’inquiétaient beaucoup pour moi d’après ma tante. Mais je ne pouvais pas leur communiquer mon mal être car bien qu’avant ils étaient le pansement qui soulageait toutes mes plaies; aujourd’hui ils en étaient la cause.
Le jour de mon anniversaire, Oscar est venu me voir. Il m’a amené une petite tarte tropézienne de chez Sénéquier. J’ai soufflé ma dix-septième bougie puis nous avons déguster la tarte sur la balancelle, sous le grand cèdre du jardin. Je sentais une petite gène entre nous deux; Lui aussi semblait la percevoir mais son inquiétude pour moi était telle qu’il ne pouvait se soucier d’autre chose. J’ai pris un peu de crème pâtissière sur mon doigt et je l’ai amené à ma bouche en souriant. Il s’est moqué de ma façon enfantine de manger ma patisserie, probablement pour détendre l’atmosphère, avant de me sourire en retour. Il y a eu un long silence.
« Je suis heureuse que tu sois venu. » lui ai-je dis en brisant le silence qui s’éternisait.
« Moi aussi je suis content de te voir. Tu sais je m’inquiète beaucoup pour toi… Pourquoi ne m’as-tu pas dit que ça n’allait pas avant que tu replonges dans la spirale infernale ? Je serais toujours là moi, tu le sais n’est-ce pas ? » J’ai acquiescé. « Il y a quelque chose que j’aimerais te demander… Est-ce que c’est moi Raph ? Est-ce que c’est de ma faute si tu as rechuté ? » Il me regardait intensément ; ses yeux mouillés me nouaient la gorge. J’avais envie de m’enterrer dix mètres au-dessous de lui pour ne plus devoir affronter sa peine. J’ai dégluti avant d’avouer :
« Non, non ce n’est pas ta faute Osc’. C’est la mienne… Je me suis cachée parce que j’avais honte ; parce que j’avais peur. Alors petit à petit, je me suis retrouvée submergé par mes angoisses et je n’ai pu faire autrement que de me couper du reste, de vous »
« Mais je ne comprends pas, de quoi t’es-tu cachée ? » a-t-il répondu avec un grain d’innocence dans sa voix.
« De vous… Je me suis cachée de vous parce que j’avais honte de mes sentiments… »
« Je ne comprends pas ; quels sentiments ? »
« Je… Je… Je suis amoureuse d’Elio ! » ai-je dis en sanglotant. Je n’avais jamais rien vécu d’aussi douloureux depuis ce jour où j’avais entendu pour la dernière fois Vertige de l’amour de Bashung. J’avais l’impression d’avoir poignardé Oscar dans le dos. Il m’a dévisagé du regard, les yeux écarquillés, les sourcils froncés et sans dire un mot, il est parti. Je me suis effondrée en larme sur la balancelle. Je venais de perdre un des êtres le plus cher à mon monde et ce pour la troisième fois. Je me sentais maudite ; comme hantée par un cauchemar qui frappait à ma porte à répétition pour me dire que j’étais seule.
Le soir même alors que j’étais emmitouflée sous ma couette désormais trempée de larmes, des bruits d’impacts, survenant à intervalle quasi régulier, se sont manifesté à ma fenêtre. Je me suis levé et me suis approchée de la vitre. C’était Elio. J’ai ouvert la fenêtre et lui ai demandé ce qu’il faisait là.
« Je peux monter ? » m’a-t-il dit. Je lui ai fait signe de venir et il a escalader le Cèdre pour me rejoindre. Elio avait l’œil tout rouge et la lèvre ouverte. Son t-shirt était tacheté de sang. Il venait de se battre avec Oscar. Je le voyais bouger dans tous les sens, empris de nervosité.
« Il m’a tout dit ! » a-t-il crié. Je lui ai fait signe de parler moins fort et il a continué à faire les cent pas dans la pièce ; comme s’il cherchait un mur contre lequel taper. Je n’avais jamais vu cette part de lui, cette nervosité me faisait peur. J’avais l’impression qu’à tout moment je risquais de me transformer en sac de frappe. Je le lui ai dit et il s’est assis sur mon lit en s’excusant.
« Pourquoi Raph ? Pourquoi tu m’aimes moi ? Oscar il n’est pas assez bien pour toi ? Regarde maintenant il ne veut plus me parler. Deux frères qui s’entretuent pour une fille… »
« Vraiment Elio ? Tu viens chez moi pour me demander pourquoi j’ai des sentiments pour toi et pas un autre ? Si c’est cela : va-t’en ! » ai-je répondu alors qu’un mélange de colère et de tristesse aspirait en moi toute objectivité.
« Excuse-moi, vraiment, je suis con… Je t’aime bien aussi mais je ne peux pas choisir entre toi et Oscar. Non je ne peux pas. »
« Je sais, je comprends. Je n’ai rien voulu de tout ça moi ; je voulais juste qu’on se balade au bord de la mer sur nos scooters pour l’éternité : toi, Oscar et moi. Je suis désolée » ai-je dis en sanglots. Il m’a pris dans ses bras et m’a embrassé sur la joue une dernière fois avant de partir.
Il m’a fallu du temps pour me remettre de cette perte. En voulant fuir, ce qui n’étais qu’une peur est devenu réel. Notre trio n’était plus ; le poids du secret qui m’avait auparavant tant coûté non plus. Il avait été remplacé par bien pire : le regret.

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